Gérer sa fiscalité au Maroc ne s’improvise pas. Parmi les mécanismes les plus utilisés par l’administration fiscale pour sécuriser ses recettes, la retenue à la source occupe une place centrale. Elle concerne une grande variété de revenus, implique des obligations précises pour les entreprises qui versent ces revenus, et peut entraîner des sanctions sévères en cas de non-conformité. Que vous soyez chef d’entreprise, gérant d’une SARL, freelance ou investisseur, comprendre ce mécanisme est indispensable pour piloter vos obligations fiscales avec sérénité.

Qu’est-ce que la retenue à la source ?

La retenue à la source (RAS) est un mode de collecte de l’impôt dans lequel ce n’est pas le bénéficiaire d’un revenu qui paie directement l’impôt à l’administration, mais la personne ou l’entité qui verse ce revenu. Concrètement, au moment du paiement, le débiteur prélève une fraction du montant dû, la reverse à la Direction Générale des Impôts (DGI), et ne verse au bénéficiaire que le solde net.

Ce mécanisme présente plusieurs avantages du point de vue de l’État : il limite les risques de non-paiement, accélère la collecte de l’impôt et simplifie le contrôle fiscal. Pour le bénéficiaire, en revanche, cela signifie qu’une partie de son revenu est prélevée avant même qu’il le perçoive.

Au Maroc, la retenue à la source est encadrée par le Code Général des Impôts (CGI), notamment ses articles 73, 156, 157, 159 et 160. Elle peut s’appliquer à l’Impôt sur le Revenu (IR), à l’Impôt sur les Sociétés (IS) et, depuis la Loi de Finances 2024, à la TVA.

Qui prélève et qui paie ?

Le débiteur du revenu, c’est-à-dire celui qui verse le paiement, est responsable du prélèvement et du reversement à l’administration. Il devient en quelque sorte le collecteur de l’impôt. Le bénéficiaire, lui, reçoit un montant net et peut, selon les cas, soit considérer l’impôt comme définitivement soldé (taux libératoire), soit l’imputer sur son impôt global à déclarer en fin d’année (taux non libératoire).

Quels revenus sont soumis à la retenue à la source ?

La retenue à la source au Maroc s’applique à une gamme large de revenus. Voici les principales catégories à connaître.

Salaires et rémunérations

Les traitements, salaires, indemnités et avantages en argent ou en nature versés aux salariés sont soumis à la retenue à la source de l’IR, conformément aux articles 60 et 70 du CGI. L’employeur calcule mensuellement le montant de l’impôt dû par chaque salarié selon le barème progressif de l’IR, après déduction des abattements légaux (frais professionnels, cotisations CNSS, AMO, etc.). La Loi de Finances 2025 a porté le seuil d’exonération annuelle à 40 000 dirhams, ce qui correspond à des salaires nets inférieurs à 6 000 dirhams par mois qui ne sont plus soumis à l’IR.

Dividendes et revenus mobiliers

Les dividendes distribués par les sociétés marocaines sont soumis à une retenue à la source. La Loi de Finances 2025 a introduit un barème unique de taux de retenue à la source pour tous les dividendes versés, quelle que soit l’année de réalisation des bénéfices : 12,50 % pour 2025, 11,25 % pour 2026 et 10 % pour 2027. Pour les personnes physiques, cette retenue est libératoire de l’IR : le bénéficiaire n’a pas à déclarer ces revenus. Pour les personnes morales soumises à l’IS, la retenue est imputable sur l’IS avec droit à restitution.

Les produits de placements à revenu fixe (obligations, bons du Trésor, dépôts à terme) font l’objet d’une retenue à la source distincte, généralement à des taux de 20 % ou 30 % selon le statut du bénéficiaire.

Honoraires, commissions et prestations de services

Les honoraires, commissions et courtages versés à des personnes physiques non salariées sont également soumis à la retenue à la source. Pour les honoraires versés à une société résidente, le taux est de 5 % HT, imputable sur l’IS avec droit à restitution, mais uniquement lorsque le payeur est l’État, une collectivité territoriale, un établissement public, une banque, une assurance ou une entreprise dont le chiffre d’affaires HT est supérieur ou égal à 200 millions de dirhams.

Revenus fonciers

Lorsqu’une personne morale ou une administration verse des loyers à un propriétaire personne physique, elle doit opérer une retenue à la source. Le taux libératoire applicable aux revenus fonciers est de 20 %, et le bénéficiaire qui opte pour ce régime est dispensé de déclarer cette partie de ses revenus fonciers dans sa déclaration annuelle.

Rémunérations versées aux non-résidents

Les rémunérations versées à des non-résidents physiques ou morales, lorsqu’ils ne disposent pas d’un représentant au Maroc, sont également soumises à la retenue à la source. Le Maroc a signé plus de 60 conventions de non-double imposition (CDI), qui peuvent modifier ou réduire les taux de retenue à la source sur certains revenus comme les dividendes, les intérêts ou les redevances.

Nouveauté 2026 : élargissement du champ d’application

La Loi de Finances 2026 a élargi le champ de la retenue à la source aux rémunérations des prestations de services rendues par des personnes morales aux établissements de crédit, aux organismes assimilés, aux entreprises d’assurance et de réassurance, ainsi qu’aux entreprises réalisant un chiffre d’affaires égal ou supérieur à 50 millions de dirhams.

Besoin d’un accompagnement pour identifier les revenus soumis à la retenue à la source dans votre activité ? AMDE vous aide à sécuriser vos obligations fiscales dès le départ.

Comment calculer et déclarer la retenue à la source ?

Maîtriser le calcul et la déclaration de la retenue à la source est aussi important que d’identifier les revenus concernés. Une erreur de taux ou un retard de versement peut coûter cher.

Tableau récapitulatif des principaux taux de retenue à la source au Maroc (2026)

Type de revenuTaux RASCaractère
Salaires (IR selon barème progressif)Variable (0 % à 37 %)Non libératoire
Dividendes versés aux personnes physiques11,25 % (2026)Libératoire
Dividendes versés aux personnes morales11,25 % (2026)Imputable sur IS
Produits de placements à revenu fixe (PP)30 %Libératoire
Produits de placements à revenu fixe (PM)20 %Imputable sur IS
Honoraires versés à des PP (RNR/RNS)10 %Non libératoire
Honoraires versés à des PM résidentes5 %Imputable sur IS
Revenus fonciers (option libératoire)20 %Libératoire
Gains de jeux de hasard30 %Libératoire
Rémunérations versées aux non-résidents10 %Variable selon CDI

Taux libératoire ou non libératoire : une distinction essentielle

Une retenue libératoire constitue l’impôt définitif : le bénéficiaire n’a pas à déclarer ces revenus et ne peut pas récupérer l’excédent. Une retenue imputable (ou non libératoire) est un acompte déductible de l’IS ou de l’IR : le bénéficiaire déclare le revenu brut, impute la retenue et récupère l’éventuel excédent.

Déclaration et versement

Le débiteur des revenus a des obligations déclaratives précises. Il doit calculer le montant de la retenue, la prélever au moment du paiement, la reverser à la DGI dans les délais légaux, et délivrer au bénéficiaire une attestation annuelle. En cas de non-déclaration, les sanctions prévues aux articles 187 et 208 du CGI s’appliquent, notamment des amendes, pénalités et intérêts de retard.

Les délais à respecter en 2026

Le 1er avril 2026 est le dernier délai pour le dépôt de plusieurs déclarations fiscales annuelles au titre de l’année 2025, notamment pour les sociétés soumises à l’IS, les intermédiaires financiers, et les contribuables ayant subi la retenue à la source prévue à l’article 174 du CGI. Pour la retenue sur les plus-values immobilières des non-résidents, le délai est de 30 jours suivant le mois de cession.

Les déclarations s’effectuent obligatoirement par voie électronique via les téléservices SIMPL de la DGI. Une entreprise qui gère plusieurs types de revenus soumis à différents taux devra donc suivre un calendrier déclaratif rigoureux.

Les erreurs à éviter

Même les entreprises bien structurées commettent des erreurs en matière de retenue à la source. En voici les plus fréquentes, et comment les prévenir.

Appliquer le mauvais taux

Chaque catégorie de revenu a son propre taux, et certains taux évoluent d’une année à l’autre. Appliquer le taux de 2024 sur une opération de 2026, ou confondre le taux sur les dividendes avec celui applicable aux honoraires, peut entraîner un redressement fiscal. Avec les ajustements progressifs introduits depuis la réforme fiscale de 2023, les taux sur les dividendes ont changé trois fois en quatre ans. Une veille fiscale régulière est indispensable.

Confondre taux libératoire et non libératoire

C’est une erreur qui peut entraîner une double imposition ou une sous-déclaration. Il est essentiel de distinguer si le taux appliqué est libératoire (il solde définitivement l’impôt) ou non libératoire (une régularisation annuelle reste nécessaire). Un chef d’entreprise qui omet de déclarer des revenus soumis à une retenue non libératoire s’expose à un redressement lors d’un contrôle fiscal.

Retards de versement

Le non-versement dans les délais est sanctionné par des pénalités de retard calculées sur le montant de l’impôt dû. Ces majorations s’accumulent rapidement et peuvent alourdir considérablement la note fiscale en fin d’année. L’utilisation des téléservices de la DGI permet d’automatiser une partie du processus et de respecter les échéances.

Oublier certaines catégories de revenus

Certains chefs d’entreprise ignorent que les loyers versés à des personnes physiques, ou les honoraires réglés à des prestataires indépendants, sont soumis à la retenue à la source. Les revenus concernés incluent notamment les honoraires, commissions, courtages et rémunérations similaires versés à des personnes physiques non salariées, ainsi que les revenus fonciers lorsqu’ils sont versés par une personne morale ou une administration. Ne pas prélever la retenue sur ces paiements expose l’entreprise à des sanctions.

Ne pas délivrer l’attestation au bénéficiaire

Trop souvent négligée, l’attestation annuelle de retenue à la source est pourtant une obligation légale. Elle permet au bénéficiaire d’imputer la retenue sur son impôt global et de justifier son revenu net perçu. L’oublier peut créer des contentieux avec les prestataires et compliquer les déclarations de revenus de vos partenaires.

Ce que la retenue à la source change concrètement pour votre entreprise

Au-delà de la théorie, ce mécanisme a des effets directs sur votre trésorerie et votre organisation comptable. Chaque mois, votre entreprise joue le rôle d’intermédiaire fiscal pour le compte de l’État : elle collecte des impôts qu’elle ne doit pas elle-même, et les reverse à la DGI dans des délais stricts.

Cette responsabilité implique de disposer d’une comptabilité précise, d’un suivi des paiements effectués par nature de revenu, et d’un système de relance interne pour ne jamais dépasser les délais. Pour les PME qui ne disposent pas d’une direction financière dédiée, externaliser cette fonction à un cabinet spécialisé comme AMDE est souvent la solution la plus efficace pour allier conformité et sérénité.

La réforme fiscale en cours au Maroc, engagée par la Loi-Cadre n° 69-19, continue de faire évoluer les taux et les règles applicables. La trajectoire tracée vise à alléger la pression sur les salaires et à favoriser l’investissement en capital, avec des taux sur les dividendes qui descendent à 10 % dès 2027. Rester informé de ces évolutions est une nécessité, pas un luxe.

La retenue à la source au Maroc est bien plus qu’une formalité administrative : c’est un mécanisme structurant de la fiscalité marocaine qui engage directement la responsabilité de l’entreprise débitrice. Maîtriser les revenus concernés, appliquer les bons taux, respecter les délais et délivrer les attestations adéquates sont les quatre piliers d’une gestion fiscale saine.

Besoin d’aide pour gérer la retenue à la source au Maroc ? Contactez AMDE pour un accompagnement personnalisé adapté à votre situation.

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